Le 10 février 2006
François Hollande à Florange pour dénoncer l'OPA hostile de Mittal
François Hollande vient à la rencontre des syndicats d'Arcelor

Le 9 février, François Hollande, est allé à la rencontre des syndicats d'Arcelor et de Mittal Steel, pour évoquer les risques que l'OPA de l'anglo-britannique Lakshmi Mittal fait peser sur l'emploi et la sidérurgie européenne.
Attentif, il a écouté leurs craintes et parfois leurs reproches à la gauche.
Ce sont d'abord les représentants de Mittal Steel qui l'ont accueilli à la mairie de Grandrange, dans le bassin lorrain.
Les milliers de salariés ne portent pas la direction d'Arcelor dans leur coeur car Usinor (ancêtre d'Arcelor) les avait cédés, avec leur unité de production, en 1999 à l'industriel anglo-indien.
Jacky Mascelli, de la CGT Mittal, s'en est pris à Guy Dollé, patron d'Arcelor qui avait affirmé que Mittal fabriquait de l'acier "eau de cologne" alors qu'Arcelor faisait "du parfum" avec des aciers plus chers. "Les salariés de Mittal se sentent insultés injustement", a lancé le syndicaliste.
"Je ne veux pas m'aventurer à prédire les conséquences de l'OPA, serait-ce mieux ou pire, on ne sait pas", a ajouté le syndicaliste, refusant l'alarmisme.
"Depuis 2000, des jeunes sont entrés dans l'entreprise Mittal, 289 personnes ont été embauchés", souligne-t-il. "En six ans, les accords salariés ont été respectés, il n'y pas eu de plan social ou de licenciements", rappelle aussi Pierre Sutter (CFE-CGC).
Son de cloche plus inquiet chez les syndicalistes d'Arcelor, qui ont accueilli François Hollande à La Passerelle à Florange.

Le succès de l'OPA qui verrait le numéro un mondial de l'acier Mittal absorber le numéro deux Arcelor, pourrait déboucher sur des restructurations avec à la clé des suppressions d'emplois, fléau que cette région sinistrée connaît bien.
"Nous sommes inquiets pour 650 emplois dans la recherche" sur le site de Florange qui emploie quelque 3.500 salariés, a dit Gilles Skomski (CFDT).
"Une stratégie européenne est nécessaire", réclame Jean-Louis Malys, (CFDT Lorraine). La "démocratie sociale" serait aussi un levier pour faire entendre la voix des salariés.
Les syndicalistes rappellent aussi que c'est le gouvernement de gauche "qui a cédé vers 1999 la dernière part que détenait l'Etat" dans la sidérurgie lorraine, ce qui l'empêche aujourd'hui d'agir de concert avec le Luxembourg et la Belgique, actionnaires.
Reconnaissant à demi-mot la validité de ces reproches, M. Hollande a souligné toutefois qu'"aujourd'hui, la sidérurgie française et européenne est viable, rentable et a un avenir". La preuve: elle est l'objet de convoitise d'un "prédateur" à la recherche de rentabilité.
Il a enjoint les représentants des salariés de ne pas céder au fatalisme : certes les actionnaires ont le dernier mot dans cette OPA hostile, mais ils devront tenir compte des "signaux importants" que constituent les réactions syndicales et politiques.
"L'Etat doit poser des exigences, dire son choix", a ajouté M. Hollande. Il s'en est pris au gouvernement Villepin qui "n'a servi, jusqu'à présent, que de la parole, toujours de la parole",
Il a interpellé la Commission européenne qui devrait, selon lui, "regarder le dossier, non à l'aune des seules règles de la concurrence, mais à l'aune de l'industrie européenne".
Mais François Hollande ne veut pas créer "des illusions" : "l'économie est ouverte, il y aura toujours des OPA, la gauche ne va pas renationaliser la sidérurgie française", souligne-t-il. Mais, au pouvoir, elle "fixera des règles, associera les syndicats aux décisions qui les intéressent".