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26 juin 2009

Séance plénière du 26 juin 2009

Intervention de Jean-Pierre Masseret,
Président de la Région Lorraine
Sénateur de Moselle


Je déclare ouverte cette séance consacrée à un regard sur la situation économique et sociale en Lorraine.

Madame Bezaz assure le secrétariat de séance. Je salue Roger Cayzelle, le Président du Conseil Économique et Social qui nous fait toujours le plaisir et l’honneur de nous accompagner dans nos sessions. Avant de donner la parole à Jean-Yves Le Déaut qui a été mandaté par moi pour établir ce rapport sur la situation économique et sociale, je voudrais dire deux ou trois petites choses en avant-propos et peut-être, si vous me le permettez, cheminer un moment avec Monsieur le Président de la République dans son intervention devant le congrès, réuni à Versailles lundi dernier.

Dans son propos intéressant, je vois le refus de l’exclusion, ne laisser personne au bord du chemin, une économie au service de l’homme, les valeurs de la République réinstallée, la notion d’investissements au cœur du dispositif, également une référence au Conseil National de la résistance qui est un document tout à fait intéressant notamment dans l’aspect programmatique appliqué après la libération du territoire sur le plan économique notamment, une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général, le retour à la nation des grands moyens de production, le développement et le soutien des coopératives de production, d’achat, de vente, le droit d’accès aux fonctions de direction d’administration pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires et la participation des travailleurs à la direction de l’économie. Sur le plan social, la liste est également importante et c’est quelque chose qui peut nous inspirer dans nos propres réflexions.

J’ai noté aussi ce souci de justice, de protection, de régulation, la condamnation bien évidemment des spéculations, la réhabilitation du modèle français que nous défendons assidûment ici, la créativité, la réactivité, la révolution numérique, la révolution écologique, un débat sur les bons déficits ou les mauvais déficits. M. Devedjian, Ministre de la Relance, était hier en Lorraine sur trois opérations, notamment on a procédé à une opération sur le nœud de Jarville. Le propos du Ministre était de dire « les emprunts consentis pour cette opération sont de bons emprunts ». Il a distingué la bonne dette de la mauvaise dette. Vous pouvez tout à fait vous référer aux propos de M. Devedjian tenus hier en Meurthe-et-Moselle. Il a indiqué que toute dette consacrant par exemple l’investissement sur les TER ou le TGV était une bonne dette. Je vous rappelle que c’est exactement ce que nous avons fait. L’augmentation de la dette du Conseil Régional que vous fustigez à 98 % sont précisément des dettes réalisées pour cela.

En cheminant avec le Président de la République, j’ai trouvé dans le fond qu’on était tout à fait à l’avant-garde. Le refus de l’exclusion, l’augmentation du pouvoir d’achat que nous avons réalisé depuis 2004, notamment pour les familles ayant des enfants dans les lycées, pour les personnes prenant le TER tous les matins, sur les aides au monde associatif laissées largement à l’abandon aujourd’hui par le retrait effectivement de politiques nationales, l’économie au service de l’homme, cette richesse qu’est l’investissement humain dans la formation. C’est vrai que dans notre budget, les dépenses de formation sont réputées être des dépenses de fonctionnement alors que ce sont des dépenses d’investissements et que nous procédons, je le crois, à de bons investissements, dans la mesure où le rapport des sommes consacrées au fonctionnement de l’institution sur le budget reste stable. Cela veut dire que nous avons le souci des bonnes dépenses, des bonnes dépenses de Mirabelle, des bonnes dépenses pour les investissements, des bonnes dépenses pour le pouvoir d’achat, des bonnes dépenses pour la formation, des bonnes dépenses effectivement qui permettent au monde associatif de disposer d’un certain nombre de moyens leur permettant d’assurer la cohésion sociale. Ne pas gaspiller les talents, investir dans les hommes, révolution numérique, on l’accompagne avec la plateforme numérique, révolution écologique. On a mis en place des dispositions notamment dans la politique d’économie d’énergie, une économie de production. Ne pas manquer d’ambition, prendre des risques, je crois qu’on l’a fait à travers quelques exemples, quand on pousse par exemple au rassemblement sur l’université de Lorraine, lorsqu’on le fait sur l’espace central, lorsqu’on le fait sur Chambley, Madine pour mettre en mouvement les mécanismes finalement de reconstruction de tissus industriels. Il y a une chose effectivement qu’il faut partager aussi, c’est cette remise en cause à laquelle on doit être appelés. La suite, si on fait front aujourd’hui à la crise, ça suppose des remises en cause. Ça suppose un regard sur ce que nous faisons.

Moi je suis assez d’accord, et je le rappellerai probablement en conclusion de nos débats, en tout cas je suggère fort que pendant cet été, nous puissions passer au banc d’essai deux choses avec les partenaires sociaux. D’abord cette politique économique d’aide à la création d’emplois que nous développons. Je pense qu’il faut soumettre ce que nous faisons à un regard critique de façon à rechercher le maximum d’efficacité par rapport aux situations, c’est-à-dire aux investissements productifs. Faut-il donner de l’argent à la création d’emplois, ne convient-il pas plutôt de renforcer des investissements, notamment dans l’économie d’énergie, le développement durable, qui se traduisent aussi par des gains de productivité ? Ensuite, je suis assez favorable à ce que d’ici le mois de septembre, en partenariat avec les chambres de commerce et d’industrie, avec les organisations professionnelles, les organisations de salariés, en proximité du Conseil Économique et Social, nous soyons en capacité de mettre au banc d’essai, comme on met au banc d’essai une voiture, de regarder ce qui peut être amélioré dans le domaine de l’économie, un peu dans le domaine de la formation professionnelle également pour qu’il y ait la meilleure adaptation possible aux besoins de l’économie et à ce que chacun puisse exercer ses talents.

Finalement, il y a un double constat. La situation économique et sociale dépend très largement d’une politique nationale. Certes, la situation internationale a des conséquences. Quand j’entends le Ministre Devedjian dire hier que la France n’est pas responsable de la situation devant laquelle elle se trouve, je pense que cet argument est fallacieux pour deux raisons : d’abord parce que ce n’est pas vrai, la France, notamment dans ses choix économiques, budgétaires, internationaux, d’économie mondiale, a largement accompagné ce qu’on a observé, les conséquences ne sont pas venues d’ailleurs. Ensuite, si l’on veut mobiliser la société française, dire qu’on est victime de situations n’entraînera pas effectivement l’adhésion et la remise en cause parfois nécessaire.
Cette politique économique et sociale voulue par le Gouvernement, et quand on entend la majorité présidentielle aujourd’hui et encore la semaine dernière, logiquement tout ce qui est fait est parfait. Pourtant, tous les jours, dans nos journaux, nous voyons effectivement les résultats, les interrogations qui sont posées, pas plus que la Région Lorraine est en capacité avec son budget de 900 M€ dont les trois quarts sont consacrés aux lycées, au TER et à la formation professionnelle, de pouvoir venir en soutien à toutes les situations économiques. C’est donc que quelque chose ne va pas.

En cheminant avec le Président de la République, je trouve bien sûr des points de désaccord non négligeables avec l’intervention de Versailles, notamment sur le non-traitement des questions de déficit, sur la non-remise en cause de choix fiscaux ou financiers. Il ne suffira pas de poursuivre des niches sociales sans désigner lesquelles pour régler la situation. Ça ne sera pas suffisant non plus de dire aux collectivités territoriales qu’elles doivent faire des économies. Lisons également les journaux et les débats qui ont eu lieu récemment au Conseil Général des Vosges. Quand on interroge tous les départements français, ils ont des difficultés, les communes, et même nous, en vérité. Serrer la ceinture aux collectivités territoriales, c’est mettre en péril 73 à 75 % des investissements réalisés aujourd’hui dans ce pays et qui font du chiffre d’affaires pour les entreprises notamment de travaux publics.
Il n’y  pas de gaspillage non plus dans l’action de la Région Lorraine puisque la bonne dépense, ce sont des dépenses de développement de cohésion sociale.
Donc on peut cheminer et dans le fond trouver à travers le discours du Président de la République combien, dans les politiques qui ont été mises en œuvre depuis 2004 ici, il y a exactement l’application de ce qu’on a entendu l’autre jour. Donc nous avons tout à fait eu raison d’emprunter ces différentes voies.

C’est la raison pour laquelle, maintenant, c’est avec beaucoup de sérénité mais beaucoup de détermination, parce qu’en effet la situation va s’aggraver cet été, à l’automne, on le voit dans les discussions que nous avons avec les chefs d’entreprise. On ne peut pas non plus rester l’arme au pied. On ne peut pas simplement demander à l’état de. L’état doit. C’est vrai que cet état nous doit, effectivement, dans le domaine de l’industrialisation. S’il n’y a pas de décision nationale incitant les très grandes entreprises publiques ou les très grandes entreprises dans lesquelles le Gouvernement a des participations pour développer des laboratoires, des centres de recherches, des pistes nouvelles, nous aurons beaucoup de mal. Nous aurons beaucoup de mal parce que le tissu PME PMI de Lorraine ne sera pas suffisant pour relever tous les défis de la compétition du 21ème siècle. Enfin, nous devons imaginer de nouveaux rapports sociaux dans les entreprises. On ne peut pas imaginer faire face aux évolutions nécessaires sans une extrême coordination, débat, loyauté, respect, entre responsabilité de diriger une entreprise et les salariés qui s’y trouvent.

Le plus mauvais exemple récent encore, je trouve que c’est Arkéma. Depuis quelque temps, on dit des choses. Hier une autre décision est prise. Elle se traduit éventuellement par une perte d’emplois. Comment voulez-vous établir un minimum de confiance si vous ne partagez pas les options stratégiques ? Ce n’est pas le cas. Nous subissons nous les conséquences d’options qui sont prises. Les salariés les subissent de plein fouet, les collectivités territoriales sont obligées derrière de se positionner sans avoir à aucun moment été impliquées dans la définition même des stratégies industrielles. On nous demande de jouer les voitures balai alors que nous devrions être en participation dans la réflexion. La nouvelle donne doit nous conduire effectivement à faciliter le dialogue entre les chefs d’entreprises et dirigeants économiques et les salariés, les organisations. Il faut qu’on soit à l’avant-garde de cette recherche de relations sociales nouvelles qui permettront véritablement à chacun de comprendre son rôle et surtout de participer à la définition d’objectifs. Nous prendrons des initiatives pendant cet été ici sous forme de conférence pour qu’après, par bassins d’emplois, nous puissions être au centre non hégémonique, simplement à l’initiative de ces recherches de dialogue qui devraient être plus constructifs et plus respectueux, et je l’espère plus efficace.

Donc au-delà des constats, il faudra prendre des options. Des options nationales, ça ne dépend pas de nous. Nous attendrons la visite du Président de la République. J’ai cheminé à l’instant avec Monsieur le Président de la République, j’aimerais en retour qu’il chemine avec nous, les Lorrains, qu’il voie nos besoins. J’évoquais les investissements des très grandes entreprises nationales qui doivent reconstituer une part du champ industriel. Il doit, dans les bassins en difficultés, apporter ces éléments de réponse que seul le Gouvernement, la puissance publique, peut entraîner, regarder si on est toujours traité à notre juste place. On l’a vu la semaine dernière sur le plan de relance. Les chiffres ont été donnés par Jean-Yves Le Déaut. On le voit dans les aides aux universités. On le voit sur un certain nombre de sujets. Il doit aussi cheminer. Je veux bien l’entendre, je veux bien l’écouter, je l’ai fait, mais il faut aussi que Monsieur le Président de la République nous écoute en retour et vienne cheminer avec nous et nous apporter des éléments de réponse utiles, conjointes à ce que nous devons faire.

Rassembler aujourd’hui Rossinot, Gros, Masseret, Leroy, Poncelet, Namy et Dinet, ce n’est pas la nécessité du moment. Ce qu’il faut fédérer, c’est les acteurs économiques, c’est les acteurs socioprofessionnels, c’est ce débat effectivement sur les territoires, c’est de fédérer sur les projets du développement, de la rénovation, tout simplement. Ça sera beaucoup plus efficace que de réunir des G7 et G8 politiques, même si chacun doit prendre ses responsabilités. Donc nous devons montrer le chemin, je crois que c’est l’objectif de cette matinée, trouver de nouvelles pistes parce que c’est une nouvelle orientation, une nouvelle conception, une nouvelle relation qu’il nous faut installer pour effectivement amener la Lorraine à un niveau de compétitivité.

Jean-Pierre Masseret


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