Intervention de Julien Vaillant, Conseiller Régional, délégué à la jeunesse
Monsieur le Président, Mes chers collègues,
Je voudrais poursuivre une conversation que nous avions avec Claude Gaillard. Je voudrais lui dire qu’il n’y a pas d’épanouissement dans la critique mais dans l’analyse au service de l’action politique. Visiblement ce n’est pas toujours le cas de votre opposition. Et c’est pour vous un vrai risque.
Monsieur Longuet, nous partageons votre volonté d’ajustement de nos dispositifs, dans l’écoute de nos partenaires. Madame Morano vient de dire que les 20 coups de pouce ne sont que « 20 coups d’épée dans l’eau ». Il y a là une divergence entre vous, car j’imagine, Monsieur Longuet, que vous ne proposez pas d’ajuster des coups d’épées dans l’eau. N’oubliez pas que nous avons entendu vos demandes de réajustement. Les critères pour bénéficier d’un des 1000 permis financés par le Conseil Régional, ont été élargis comme vous l’aviez demandé !
Revenons un instant sur ce qui nous réunit ici ce matin. La « crise » est un terme qui se banalise. La droite a opéré un hold up intellectuel sur ce terme de crise. Elle a érigé des boucs-émissaires (banquiers, entreprises, etc.) pour masquer sa responsabilité dans l’avènement d’une société du tout libéral. Pour preuve Nicolas Sarkozy, si éloquent pour défendre la retraite par capitalisation avant la crise, se posait récemment en défenseur de la régulation sociale au sein de l’assemblée de l’Organisation Internationale du Travail (il en appelait à Saint Just, Jaurès ou encore Albert Thomas !).
Je partage tout à fait le constat dressé par Jean-Yves Le Déaut dans son rapport. Le plan de relance est un recyclage de crédits de droits communs, des projets contenus dans le CPER (Contrat de Projet Etat-Région), un rattrapage du retard et le remboursement anticipé des créances de l’Etat. Face à cela, la Région Lorraine tente de tenir les deux bouts d’une même chaîne, à court et à long termes, pour tenir les engagements du Pacte Social et Républicain ; Il faut contribuer à faire de la Lorraine un territoire juste et solidaire. Voilà une vision novatrice pour tous demain.
Le contexte budgétaire est rendu difficile et incertain par la situation économique et sociale certes, mais aussi par une absence d’anticipation gouvernementale face à cette nouvelle donne et par les tentations de mises sous tutelle des collectivités territoriales à travers l’instrumentalisation du levier fiscal et de la décentralisation. Il s’ajoute à cela une réforme des collectivités qui s’éloigne de son objectif légitime à savoir simplifier nos échelons de responsabilité pour s’attaquer aux exécutifs détenus par la gauche (et qu’elle a gagné démocratiquement).
Il y a une troisième priorité qui s’ajoute à celles évoquées par Gérard Longuet, (l’économie et l’apprentissage) c’est notre jeunesse. Je voudrais être, ce matin, le porte-voix d’une valeur et d’une population souvent invoquées dans notre société mais trop souvent stigmatisées : les jeunes. Au fond, je voudrais faire valoir l’idée simple de l’attractivité de notre territoire qui dépend, pour beaucoup, de notre capacité à conserver notre jeunesse sur le sol lorrain. Il y a une surexposition de notre jeunesse aux effets de crise. Ce constat est aujourd’hui partagé par le Conseil Economique et Social.
Les jeunes sont les premières victimes de la crise et plus particulièrement en région Lorraine avec une hausse du chômage de presque 48% en un an pour les moins de 25 ans (contre 32% en France). Précarité, sortie d’étude sans qualification, difficultés pour se loger et marginalisation deviennent le lot quotidien de notre jeunesse. L’action du gouvernement, en plus d’être trop peu ambitieuse, reproduit les erreurs que tous les gouvernements de droite ont commises vis-à-vis des jeunes : stigmatisation d’une classe d’âge qu’il juge comme « à part » et précarisation sociale. La précédente réforme des retraites autant que la défiscalisation des heures supplémentaires, initiée par la loi TEPA pour un coût de 4 milliards d’euros à l’Etat, évince les jeunes du marché du travail et représente entre 80 000 et 150 000 emplois temps plein non créés. A cette politique catastrophique s’ajoute les effets de la crise. Chômage partiel, baisse de l’emploi intérimaire, plans sociaux, touchent prioritairement les jeunes, derniers arrivés dans les entreprises. Pour la première fois, un nombre croissant de jeunes manifestent leur inquiétude d’un déclassement par rapport à la situation de leurs parents. Comment le gouvernement répond-il à ces inquiétudes ? Par de nouvelles mesures atypiques : des contrats passerelles, des contrats d’initiatives le tout confié au Pôle Emploi qui suffoque déjà après seulement quelques mois d’existence. Rien ou pas grand-chose sur le logement, le pouvoir d’achat ou encore les difficultés quotidiennes des jeunes ! Ce plan « d’urgence » rime bien avec « insuffisance » Formation, insertion, mobilité, logement, santé et culture sont autant de domaines sur lesquels la Région Lorraine intervient avec détermination et volontarisme. Faire de la Lorraine une région attractive passe d’abord par le maintien de sa jeunesse sur ses territoires. Ceux-ci doivent être de véritables espaces de citoyenneté favorisant l’accès à l’autonomie et le plein épanouissement. Les coups de pouce conjoncturels deviennent aujourd’hui pour nos jeunes, autant de mains tendues pour sortir la tête de l’eau. Le soutien à l’emploi associatif de plus de 2.5 millions d’euros à travers Lorraine Emploi a permis la pérennisation des contrats aidés. Si nos coups de pouce ne sont qu’un coup d’épée dans l’eau, comme vous osez le dire Madame Morano, qu’en est-il des 192 emplois temps plein créés depuis janvier 2009 dans le monde associatif ? Il est vrai, Madame Morano, que vous considérez les associations comme « des bouffe-pognons ». Il faut agir sur la formation initiale pour préparer les jeunes aux emplois de demain et répondre aux attentes des bassins (industriels). Il y a eu en 2009, plus de 100 000 euros alloués dans le cadre des prêts à taux zéro pour les étudiants du secteur sanitaire et social et un soutien massif aux employeurs de ce même secteur qui fidélisent les compétences en Lorraine. La majorité régionale n’oublie bien sûr pas le pouvoir d’achat des jeunes. Par exemple, les 1000 permis de conduire pour les jeunes les plus éloignés du marché du travail, l’augmentation des montants crédités sur les cartes Multipass’ pour la rentrée 2009, etc. Pour l’apprentissage, l’axe phare du plan d’urgence pour les jeunes a permis l’exonération des charges pour les employeurs, la prime de 1000 euros pour les nouveaux recrutements… Autres exemples concrets : la Région a anticipé l’inquiétante réforme gouvernementale de l’apprentissage par l’activation d’un bac professionnel à la carte. Elle a également créé un CFA régional interprofessionnel supérieur. Notre souci aujourd’hui est de sortir de cette impasse qui consiste parfois à se battre en premier lieu contre les effets pervers d’une politique gouvernementale avant de s’attaquer aux causes de la crise. Nous, majorité régionale, faisons le pari de la confiance en notre jeunesse, de l’autonomie des jeunes. L’inverse serait le signe d’une région qui se meurt. A Monsieur Gaillard qui se pose la question de savoir si nous avons des projets prêts dans le cadre du plan de relance, nous l’invitons à se saisir de la question du logement étudiant et de l’état délabré de nos cités universitaires. L’offre sociale de logement est de la compétence de l’Etat, un récent rapport de la CRC pointe l’absence de tout plan de programmation sur ce sujet de la part du CROUS et du CNOUS. Enfin, prenant en compte l'enjeu majeur que représente le logement des jeunes (y compris les jeunes actifs), les élus socialistes régionaux étudient actuellement la faisabilité d'une mesure coup de pouce logement pour les jeunes.