Intervention de Jean-Yves Le Déaut, 1er Vice-président du Conseil Régional, en charge du Développement économique et de la Recherche.
Monsieur le Président, Chers Collègues
Je voudrais, à ce stade du débat, dire que j’ai apprécié l’exercice de rhétorique de Gérard Longuet. Rhétorique parce que finalement, en invoquant par petites touches quelques critiques et en parlant de schizophrénie, il a lui-même montré qu’il y avait une sorte de schizophrénie à vouloir défendre la politique nationale alors que finalement on en subit la totalité des effets en région. D’abord une orientation budgétaire, vous dites « qu’il est difficile de l’interpréter s’il n’y a pas de chiffres ». Mais s’il y avait des chiffres ce serait le budget ! Cette orientation est difficile dans un contexte d’incertitudes sur les recettes, tout le monde le reconnaît. L’emprunt de cette orientation budgétaire varie entre 110 et 130 millions - on verra au niveau du budget - c’est-à-dire à peu près 50 euros par Lorrain. Cela reste très raisonnable. Vous savez que le déficit colossal de l’Etat, même si on est en période de crise, a été alimenté par un certain nombre de décisions politiques que VOUS avez prises. On dit que dans d’autres pays c’est encore pire. L’Allemagne c’est moins par exemple. Le déficit de la France c’est 300 milliards sur l’année 2009, c’est 5000 euros par Français. C’est 100 fois plus et on peut se demander si nos enfants et nos petits enfants pourront un jour les rembourser surtout si le dollar continue à s’affaiblir vis-à-vis de l’euro, ce qui va énormément gêner nos exportations.
Deuxièmement, on assiste à une chose, que Gérard Longuet n’évoque pas bien sûr, c’est qu’on a un renforcement du pouvoir central.Regardez sur la taxe professionnelle, le nouveau système, qui viendra en remplacement, fera que nous serons demain encore plus dépendants du pouvoir central que nous ne l’étions aujourd’hui. Comment peut-on arriver à une décentralisation ? Comment peut-on peut mener une politique régionale si la totalité de nos décisions dépend de l’Etat ? Avec les conseillers territoriaux que vous souhaitez, on arrivera à un renforcement de cette hégémonie politique et une recentralisation au niveau de l’Etat. Je suis personnellement en désaccord avec les blocs que vous prenez : le bloc ‘communes – intercommunalités’ va de soi mais pour des raisons de proximité et de compétences sociales, le bloc ‘communes – intercommunalités – départements’ aurait été le bon bloc à côté du bloc ‘Europe – Etat – Régions’. La baisse des compensations données aux régions on avait d’autres moyens de la traiter. La loi TEPA a été votée après l’élection de Sarkozy. Il est évident que le reversement de 600 millions d’euros aux contribuables c’est l’aide qu’on a donné aujourd’hui aux agriculteurs. Les agriculteurs sont dans une grande difficulté aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ont écrit des courriers pour les soutenir. Il est évident qu’on aurait pu mener d’autres politiques avec de telles sommes, la loi TEPA c’est 15 milliards !
Maintenant sur notre mandat régional largement entamé, c’est un mandat plein. Ce n’est pas seulement la Carte Multipass’ bien sûr. Je vais prendre trois ou quatre exemples que je vais développer. C’est d’abord l’affirmation d’une politique d’innovation au niveau de la Région Lorraine. Les chocs industriels que nous avons connus, font que la chance pour notre Région de s’en sortir demain, aussi bien dans le domaine agroalimentaire, que des écotechnologies, de l’industrie automobile, c’est d’apporter beaucoup plus d’innovation et nous l’avons fait ! Sur certains points nous avons largement élargi la politique qui était précédemment menée à tel point que les autres régions nous copient notamment en ce qui concerne le FIL. Je recevais avec la commission des finances, des affaires économiques de l’assemblée, Alain Juppé et Michel Rocard. Ils souhaitent réserver le grand emprunt à la recherche et au développement car ils pensent qu’on est en retard là-dessus. La majorité régionale va dans ce sens. Grâce à nous, les quatre universités de Metz et Nancy travaillent ensemble. Nous avons également abondé l’ILP. Tous ces outils sont mis au service d’une chose : essayer de développer l’innovation et l’économie de notre région. Au niveau de la politique automobile : mais que je sache c’est une politique industrielle d’Etat ! Donc quand Nicolas Sarkozy dit « moi je crois au moteur électrique pour le futur », il faut qu’ils soient construits en Lorraine sinon nous perdrons 20% du tissu des sous-traitants automobile. J’étais dernièrement à la SOVAB, avec le Directeur Général des Services, j’ai posé la question pour savoir si, en cas de développement des véhicules utilitaires dans trois ou quatre ans, cela pourrait se faire en Lorraine. C’est une question que nous devons nous poser !
A propos d’Esch-Belval, tout le monde dit qu’il est anormal qu’il y ait un milliard d’investissements côté Luxembourg et rien côté français. Je partage votre avis pour dire que le Luxembourg n’est pas un pays ennemi mais un allié. Le Luxembourg doit être un allié objectif dans la mesure où, si on a un objectif commun, les Ministres luxembourgeois siègent au Conseil des Ministres européen. Comment se fait-il que sur les 13 millions intégrés au CPER pour ce projet, rien n’est été engagé ? Là encore c’est une politique d’Etat !
Alors, Monsieur le Président, bien sûr nous soutenons vos orientations, parce que nous voulons préparer une Lorraine d’avenir, une Lorraine de demain et cela passe par l’innovation. Le développement durable est une impérieuse nécessité pour nous et parce que nous avons des avantages au niveau de la Lorraine. Nous voulons valoriser les atouts de la Lorraine.
Je vous remercie.
Jean-Yves Le Déaut Vice-président du Conseil Régional